Voilà à peu près plus d'un mois que la grosse partie est faite! Finis les hospitalisations de trois jours dans un hôpital à avoir du poison dans mes veines et dans mon c½ur, à n'avoir pour seul envi que de se liquéfier, de se vider de ses entrailles, à n'avoir pour seules amies l'ennui et la solitude!
Maintenant, ce ne sont que des médicaments de chimiothérapie à prendre tous les jours, pendant six mois. Les contraintes sont moindre, mais je suis toujours, selon toutes vraisemblances, en train de me battre contre cette maladie, qui peut revenir à n'importe quel moment!
Je ne me bats pas seulement contre la maladie, mais aussi contre mon esprit! Un sentiment bizarre m'envahit, un manque évident de quelque chose, une haine envers la personne que je suis devenu à cause de la maladie! En fait, l'après cancer est tout aussi éprouvant que le pendant. Revenir à une vie normale en un rien de temps, s'en est trop pour mon esprit torturé. Je me suis pris une grosse claque de maturité de dix ans en pleine gueule, ce qui m'a fait évoluer, à l'insu de mon plein gré. Une envi de se cacher, de ne plus être à visage découvert, devenir un fantôme; bref, ne pas marquer la vie des gens que j'aime. Une crise existentielle qui ne sera que passagère, du moins je l'espère !
Peut-être marre de se battre continuellement, d'avoir le don d'ubiquité pour toujours apparaître comme fort, alors qu'à l'intérieur, l'envi de tout laisser tomber veut prendre le dessus! Alors non, je ne suis pas un héros! Un héros n'a pas le droit de faillir, se doit de mener son combat à la victoire sans en sortir vaincu, un demi-dieu qui se distingue par ses actions, qui fait preuve d'un grand courage se sacrifiant pour autrui! Un héros, c'est tout homme qui se distingue par l'élévation et la force du caractère, par une grande noblesse d'âme, par quelque haute vertu.!
Pour moi, il n'en est rien. J'ai dû passer une épreuve: ne pas mourir d'une maladie rare et mortelle. Dans ce cas là, deux choix s'offrent à soi: laisser la mort gagner une énième bataille, ou se battre pour continuer à vivre! Ce dernier choix s'est imposé à moi, vu que j'aime trop la vie pour l'abandonner! Alors entendre des gens me dire qu'ils sont admiratifs de la manière dont je me suis battu me fait doucement sourire, vu que je n'ai rien fait d'extraordinaire! Je ne peux pas concevoir que des personnes puissent trouver ça admirable de vouloir vivre! En tout cas, c'est mon point de vue!
"Les héros sont ceux qui magnifient une vie qu'ils ne peuvent plus supporter."
Jean Giraudoux